


STRIKES & REVOLTS
by Maria & Louise Michel
FOREWORD
Amidst the many competing social theories, we have taken a position such that we feel the need for a special medium — the novel — to demonstrate the power and practicability of the ideas we propagate, by introducing them into the realm of an ideal execution.
The essential foundation of our theories is freedom — but absolute freedom.
In the present social organisation, an attentive observer easily perceives a hideous cesspit where swarm, gaunt and bruised, an innumerable crowd of victims of exploitation, slaves of capital.
He hears their cries of distress; he observes their countless and unceasing efforts to escape this perpetual misery, to free themselves from this enervating slavery — efforts in vain, powerless struggles, alas — and for reasons that we seek to examine in this book, by following the romantic episodes of the story we present to the judgment of the reader.
We place ourselves on ground that is far removed from the past, far removed from what exists today, it is true; but we rely on a solid foundation: Natural Laws, Justice, Solidarity.
In the organisation that we dream of, that we glimpse, no one will have anything to fear from traitors and renegades, for it offers no foothold for ambition; and thus those who obey that base and guilty sentiment do not spare us, for we have given them a genuine cause for deep enmity and poisonous criticism by showing them for what they are.
Such is human nature: a man is truly good only when he has no interest in being bad, and [illegible]…
…The new society [illegible] must be constituted in such a manner as to strip him of all means of doing harm.
Those who would force us to live in the shroud of the past, as people once enclosed the living in a tomb, are so accustomed to the centuries-old corruption of the old order that they are astonished when we repel them in horror — and cannot understand that we cannot build a new edifice until the very last stone of theirs has been completely destroyed.
Too few understand solidarity, and, consequently, many still hope to live in safety amid these threatening ruins. That is impossible: the old world will bury beneath its rubble both exploiters and exploited, employers and workers, capital and misery alike.
This book is intended as propaganda for the revolutionary ideas we have just sketched quickly. We could not make it into a specialised treatise setting out the logical and scientific reasons proving that the present order of things continues to secure for a handful of the well-fed the right to shear and bleed the masses; but we have amassed facts occurring every day and which cannot be contested, and others which could well occur, opening the road to the goal we pursue.
We leave aside deep dissertations, for this book is addressed to the proletarians — to those who already barely have enough of the day and often of the night for labour, and who therefore cannot impose upon themselves the effort of sustained thought. Their bodies are broken, their minds weighed down; and it must be so, in order that capital may continue to flow like rivers toward the same oceans — so that the human race may remain eternally divided into hunters and prey.
Capital is now the lever with which the world is lifted, with which man is turned into a living automaton, a machine.
Whether the exploiters are men clad in iron, glittering with medals, or sewn in gold — it matters little; the exploited are squeezed no more and no less!
One merely changes leeches. That is all!
Take the best of natures and erect them into as many Solons — they will never be able to satisfy all.
The laws that are now called to govern men can only be moulded in the brains of legal scholars and, consequently, will be more or less imperfect. Only natural laws, which should preside over a social organisation, can command true respect.
In this book, we will set aside the opposing theories, which may perhaps aim at the same goal but by a path we deem far too long. We prefer to burn stages so as to arrive sooner.
REVOLUTION.
There are still unfortunate souls who fear this word, though its realisation is their deliverance.
They have been shown a Revolution as a spectre dripping with blood.
Those who painted it thus [illegible] — and yet, until now, only the blood of the Proletariat has reddened the spectre.
The Proletariat alone can show its martyrs, its victims!
1848 and 1871 rise from the past in support of this; and even now, the corpses of the children of the people who will remain in the African sands, dying of hunger, will once again show that it is always the exploited who are sacrificed — for the list of generals fallen in this adventure would be very short indeed.
Strike and Revolt will be but a novel — yet a novel drawn, bleeding, from our hearts by misery, oppression, torture, and indignation, so that the people may look, understand, and act.
Maria and Louise Michel

Grèves & Révoltes
par Maria & Louise MICHEL
AVANT-PROPOS
Au milieu des nombreuses théories sociales en lutte nous avons pris une position telle que nous éprouvons le besoin d’un mode spécial (le roman), pour démontrer la puissance, la praticabilité des idées que nous propageons, en les faisant passer dans le domaine d’une exécution idéale.
La base essentielle de nos théories, c’est la liberté, mais la liberté absolue.
Dans l’organisation sociale actuelle, l’observateur attentif aperçoit facilement un cloaque hideux où grouillent, hâves et meurtris, une foule innombrable de victimes de l’exploitation, d’esclaves du capital.
Il entend leurs cris de détresse, il constate leurs multiples et incessants efforts pour sortir de cette misère perpétuelle, pour s’affranchir de cet esclavage énervant, efforts vains, luttes impuissantes, hélas ; et pour des raisons que nous voulons examiner dans ce livre en suivant les péripéties romantiques de l’histoire que nous offrons à l’appréciation du lecteur.
Nous nous plaçons sur un terrain qui est loin du passé, loin de ce qui est actuellement, c’est vrai, mais nous nous appuyons sur une base solide, sur les lois Naturelles, la Justice, la Solidarité.
Dans l’organisation que nous rêvons que nous entrevoyons, nul n’aura rien à redouter des traîtres et des renégats, car elle n’offre aucune prise à l’ambition, aussi les hommes qui obéissent à ce coupable sentiment bas, ne nous ménagent-ils point, car nous leur avons fourni une réelle cause d’inimitié profonde et de critique empoisonnée en les montrant ce qu’ils sont.
L’homme est ainsi fait, il n’est réellement bon que quand il n’a aucun intérêt à être mauvais, et [illisible]
… La société nouvelle [illisible] doit être constituée de façon à lui enlever tous moyens de mal faire.
Ceux qui veulent nous forcer à vivre dans le linceul du passé, comme on enfermait des vivants dans un sépulcre, habitués à la corruption séculaire du vieil ordre de choses, s’étonnent que nous les repoussions avec horreur et ne comprennent pas que nous ne puissions bâtir le nouvel édifice, qu’après avoir complètement détruit la dernière pierre du leur.
Trop peu d’hommes comprennent la solidarité et, par conséquent, un grand nombre espèrent encore pouvoir vivre en sécurité au milieu de ces ruines menaçantes. Cela est impossible, le vieux monde ensevelira sous ses décombres, les exploiteurs et les exploités, le patronat et le salariat, le capital et la misère.
Ce livre est destiné à la propagande des idées révolutionnaires que nous venons d’esquisser rapidement ; nous n’avons pu en faire un traité spécial des raisons logiques et scientifiques prouvant que l’ordre de choses qui existe continue d’assurer à une poignée de repus le droit de tondre et de saigner les multitudes ; mais nous avons entassé des faits se passant tous les jours et ne pouvant être contestés, et d’autres pouvant exister et ouvrant la voie au but poursuivi.
Nous laissons de côté les dissertations profonde, car ce livre s’adresse aux prolétaires, à ceux qui n’ont pas trop du jour et souvent de la nuit pour le travail, et qui, par conséquent, ne peuvent s’astreindre à l’effort de la pensée ; leur corps est brisé, leur esprit est lourd, et il faut qu’il eu soit ainsi pour que les capitaux continuent à couler comme des fleuves vers les mêmes océans ; pour que la race humaine se divise éternellement en chasseurs et gibiers.
Le capital est actuellement le levier avec lequel on soulève le monde, avec lequel on fait de l’homme un automate vivant, une machine.
Que les exploiteurs soient des hommes bardés de fer, chamarrés d’ordres ou cousus d’or, peu importe, les exploités n’en sont ni plus ni moins pressurés !
On change de sangsues. Voilà tout !
Que l’on prenne les meilleures natures et que l’on les érige en autant de Solon, ils ne parviendront jamais à donner satisfaction à tous.
Les lois qui sont appelées à régir les hommes actuellement ne peuvent être que moulées dans le cerveau des légistes et, par conséquent, plus ou moins parfaites, seules les lois naturelles qui devraient planer sur une organisation sociale peuvent commander le respect.
Nous laisserons de côté, dans ce livre, les théories adverses, qui tendent peut-être au même but, mais par un chemin que nous estimons trop long. Nous préférons, nous, brûler les étapes afin d’arriver plus tôt.
RÉVOLUTION. Il est encore des malheureux qui ont peur de ce mot dont la réalisation est pourtant la délivrance. On leur a fait de la Révolution un spectre couvert de sang : Ceux qui l’ont peint ainsi [illisible] et pourtant jusqu’alors le sang du Prolétariat seul a rougi le spectre.
Le Prolétariat seul peut montrer ses martyrs, ses victimes !! 1848 et 1871 se dressent dans le passé pour cette affirmation et, à l’heure actuelle, les cadavres des enfants du peuple qui resteront dans les sables africains, mourant de la faim, diront encore que ce sont toujours les exploités que l’on sacrifie, car la liste des généraux tombés dans cette aventure serait bien courte.
Grève et révolte ne sera qu’un roman, mais un roman que la misère, l’oppression, la torture, l’indignation arrachent saignant de nos cœurs pour que le peuple regarde, comprenne et agisse.
Maria et Louise Michel.
