Viro Major, A Poem by Victor Hugo for Louise Michel

In English

Having seen the immense massacre, the battle,
The people on their cross, Paris on its deathbed,
A formidable pity was in your words;
You did what great, wild souls do,
And weary of struggling, of dreaming, of suffering,
You said: I have killed!—for you wished to die.

You lied against yourself, terrible and superhuman.
Judith, the dark Jewess, Arria, the Roman,
Would have clapped their hands as you spoke.
You cried to the attics: I have burned the palaces!
You glorified those who are crushed and trampled;
You shouted: I have killed, let me be killed! And the crowd
Listened as this proud woman accused herself.
You seemed to send a kiss to the grave;
Your fixed gaze weighed upon the livid judges,
And you pondered, like the grave Eumenides.
Pale Death stood behind you.

The vast hall was filled with dread,
For the bleeding people hate civil war.
Outside, the city’s murmur could be heard.

This woman listened to life’s confused sounds,
From above, in the austere posture of refusal.
She seemed to understand nothing else
But a pillory raised for an apotheosis,
And finding disgrace noble and suffering beautiful,
Sinister, she hastened her steps toward the tomb.
The judges murmured: Let her die. It is just.
She is infamous.—Unless she is august,
Their conscience whispered; and the pensive judges,
Between yes and no, like ships between two reefs,
Hesitated, gazing at the severe accused.

And those who, like me, know you incapable
Of anything but heroism and virtue,
Who know that if God asked you: Where do you come from?
You would answer: I come from the night where suffering reigns;
God, I emerge from duty, which You make an abyss!
Those who know your mysterious and gentle verses,
Your days, your nights, your care, your tears given to all,
Your self-forgetfulness in helping others,
Your words like the flames of apostles;
Those who know the roof without fire, without air, without bread,
The canvas bed beside the pinewood table,
Your kindness, your pride as a woman of the people,
The fierce tenderness that sleeps beneath your anger,
Your long gaze of hatred at all the inhumane,
And the children’s feet warmed in your hands;
These, woman, before your fierce majesty,
Meditated, and despite the bitter curve of your lips,
Despite the accuser, who, relentless against you,
Hurled all the indignant cries of the law,
Despite your fatal, exalted voice that accused you,
Saw the angel shining through the Gorgon.

You were beautiful and seemed strange in these trials;
For, feeble as the living here below are,
Nothing disturbs them more than two mingled souls,
Than the divine chaos of starry things
Glimpsed in the depths of a great unyielding heart,
And a radiance seen within a blaze.

Louise Michel quotes butterfly 7

In original French by Victor Hugo

Viro Major

Ayant vu le massacre immense, le combat,
Le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,
La pitié formidable était dans tes paroles ;
Tu faisais ce que font les grandes âmes folles,
Et lasse de lutter, de rêver, de souffrir,
Tu disais : J’ai tué ! car tu voulais mourir.

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.
Judith la sombre juive, Arria la romaine,
Eussent battu des mains pendant que tu parlais.
Tu disais aux greniers : J’ai brûlé les palais !
Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule ;
Tu criais : J’ai tué, qu’on me tue ! Et la foule
Ecoutait cette femme altière s’accuser.
Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;
Ton oeil fixe pesait sur les juges livides,
Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.
La pâle mort était debout derrière toi.

Toute la vaste salle était pleine d’effroi,
Car le peuple saignant hait la guerre civile.
Dehors on entendait la rumeur de la ville.

Cette femme écoutait la vie aux bruits confus,
D’en haut, dans l’attitude austère du refus.
Elle n’avait pas l’air de comprendre autre chose
Qu’un pilori dressé pour une apothéose,
Et trouvant l’affront noble et le supplice beau,
Sinistre, elle hâtait le pas vers le tombeau.
Les juges murmuraient : Qu’elle meure. C’est juste.
Elle est infâme. – A moins qu’elle ne soit auguste,
Disait leur conscience ; et les juges pensifs
Devant oui, devant non, comme entre deux récifs,
Hésitaient, regardant la sévère coupable.

Et ceux qui comme moi, te savent incapable
De tout ce qui n’est pas héroïsme et vertu,
Qui savent que si Dieu te disait : D’ou viens tu ?
Tu répondrais : Je viens de la nuit où l’on souffre ;
Dieu, je sors du devoir dont vous faites un gouffre !
Ceux qui savent tes vers mystérieux et doux,
Tes jours, tes nuits, tes soins, tes pleurs, donnés à tous,
Ton oubli de toi-même à secourir les autres,
Ta parole semblable aux flammes des apôtres ;
Ceux qui savent le toit sans feu, sans air, sans pain,
Le lit de sangle avec la table de sapin,
Ta bonté, ta fierté de femme populaire,
L’âpre attendrissement qui dort sous ta colère,
Ton long regard de haine à tous les inhumains,
Et les pieds des enfants réchauffés dans tes mains ;
Ceux-là, femme, devant ta majesté farouche,
Méditaient, et, malgré l’amer pli de ta bouche,
Malgré le maudisseur qui, s’acharnant sur toi,
Te jetait tous les cris indignés de la loi,
Malgré ta voix fatale et haute qui t’accuse,
Voyaient resplendir l’ange à travers la méduse.

Tu fus belle et semblas étrange en ces débats ;
Car, chétifs comme sont les vivants d’ici-bas,
Rien ne les trouble plus que deux âmes mêlées,
Que le divin chaos des choses étoilées
Aperçu tout au fond d’un grand coeur inclément,
Et qu’un rayonnement vu dans un flamboiement.

Louise Michel quotes butterfly 1