To Those Who Want to Stay Slaves

Since the people want the imperial eagle
To soar over their abjection,
Since they sleep, crushed beneath the cold blast
Of eternal oppression;

Since they always want—all those being slaughtered—
To offer their chests to the knife,
Let us force, O my friends, the horrible death-trap,
We shall liberate the flock!

A single man is legion when he gives his life,
When to all he has said farewell:
One-on-one we will go, audacity terrifies,
We have iron and fire!

Enough cowardice, cowards are traitors;
Vile crowd, drink, eat, and sleep;
Since you want to wait, wait, licking your masters.
Have you not had enough of the dead?

The blood of your children turns the earth crimson,
Sleep in the charnel house with silent walls.
Sleep, for now gathers, bee by bee,
The heroic swarm of the working-class quarters!

Montmartre, Belleville, O valiant legions,
Come, it is time to make an end of it.
Arise! Shame is heavy and heavy are the chains,
Arise! It is beautiful to die!

Louise Michel

A ceux qui veulent rester esclaves

Puisque le peuple veut que l’aigle impériale
Plane sur son abjection,
Puisqu’il dort, écrasé sous la froide rafale
De l’éternelle oppression ;

Puisqu’ils veulent toujours, eux tous que l’on égorge,
Tendre la poitrine au couteau,
Forçons, ô mes amis, l’horrible coupe-gorge,
Nous délivrerons le troupeau !

Un seul est légion quand il donne sa vie,
Quand à tous il a dit adieu :
Seul à seul nous irons, l’audace terrifie,
Nous avons le fer et le feu !

Assez de lâchetés, les lâches sont des traîtres ;
Foule vile, bois, mange et dors ;
Puisque tu veux attendre, attends, léchant tes maîtres.
N’as-tu donc pas assez de morts ?

Le sang de tes enfants fait la terre vermeille,
Dors dans le charnier aux murs sourds.
Dors, voici s’amasser, abeille par abeille,
L’héroïque essaim des faubourgs !

Montmartre, Belleville, ô légions vaillantes,
Venez, c’est l’heure d’en finir.
Debout ! la honte est lourde et pesantes les chaînes,
Debout ! il est beau de mourir !

Louise Michel